Les catholiques toujours sous le choc des révélations d’abus sexuels en Pennsylvanie

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Un cardinal a annulé, samedi, sa venue à une importante rencontre prévue en Irlande. Il fait l’objet de vives critiques depuis les révélations d’abus sexuels perpétrés par des centaines de prêtres en Pennsylvanie. Cinq jours après les révélations, de nombreux paroissiens et hommes d’église sont sous le choc et s’interrogent.

«Ils ne le soupçonnaient d’aucun abus. Puis ils ont défilé jusqu’à la page 631.» Ce titre choisi par le New York Times pour présenter un reportage dans une paroisse de Pennsylvanie résume le choc encore vif aux États-Unis, plusieurs jours après la publication d’un rapport d’enquête sur les abus sexuels perpétrés par plus de 300 prêtres de Pennsylvanie pendant des décennies. Cinq jours après la diffusion du document, et alors que le Vatican a exprimé, jeudi, sa «honte» face à ces révélations, plusieurs signaux illustrent la sidération et la colère de nombreux paroissiens et hommes d’église.

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Samedi, le cardinal Donald Wuerl, archevêque de Washington, a annulé sa venue à la rencontre mondiale des familles qui se tiendra en Irlande du 21 au 26 août et à laquelle le pape François doit se rendre en visite officielle pour les deux derniers jours. Le cardinal devait y donner une conférence, mercredi. Aucune raison n’a été avancée pour expliquer cette annulation, mais de nombreux médias américains soulignent la concomitance de cette décision avec les difficultés que connaît le cardinal depuis la publication du rapport d’enquête sur les abus sexuels.

Un appel à la démission

Donald Wuerl n’est en aucun cas accusé directement d’abus d’enfants. Le rapport révèle d’ailleurs qu’en tant qu’évêque du diocèse de Pittsburgh, en Pennsylvanie, de 1988 à 2006, il a informé le Vatican de plusieurs accusations d’abus sexuels qui visaient des prêtres de son diocèse, et s’est même opposé au retour de l’un d’entre eux, ce que le cardinal fait valoir pour sa défense.

Mais le document indique également qu’il a honoré plusieurs demandes de prêtres visés par des accusations en les nommant dans une nouvelle paroisse ou en leur permettant de prendre une retraite anticipée. Cette décision aurait notamment permis à un prêtre de retrouver ses fonctions en 1998, avant d’être de nouveau mis en cause par six personnes supplémentaires, des années plus tard, rappelle le magazine Time. Dimanche, auprès de CNN, le procureur général de Pennsylvanie, Josh Shapiro, a directement accusé le cardinal de «ne pas dire la vérité» lorsqu’il assure avoir agi pour prévenir de futurs actes.

Ces révélations viennent s’ajouter à une autre controverse impliquant le prédécesseur de Donald Wuerl, Theodore McCarrick, accusé d’avoir abusé sexuellement de séminaristes et jeunes prêtres pendant plusieurs années. L’actuel cardinal, par ailleurs peu apprécié des milieux catholiques conservateurs, comme le souligne le magazine, a été critiqué dans cette affaire pour la faiblesse de sa réaction. Après les nouvelles révélations du rapport d’enquête cette semaine, des voix s’élèvent désormais pour demander sa démission. Une pétition a également été lancée pour demander le retrait de son nom d’un lycée situé dans le diocèse.

La ligne téléphonique dédiée très sollicitée

Au-delà de ce cas personnel, l’accès au document de plusieurs centaines de pages a ébranlé de nombreuses paroisses et laissé les fidèles et hommes d’église avec de nombreuses questions. Dans la paroisse de Holy Angles, dans la région de Pittsburgh, le New York Times est ainsi parti à la rencontre d’un révérend désemparé face aux révélations sur l’ancien prêtre charismatique du lieu, aujourd’hui décédé, qu’il a découvertes en lisant le rapport auquel sa hiérarchie ne l’avait pas préparé. «J’ai réfléchi au fait que quelque chose doit être dit» lors de l’office dominical, a-t-il confié au quotidien américain. «Mais je n’arrive même pas à formuler une façon de l’évoquer.» Le lendemain de sa lecture, il a reçu l’appel d’une femme se disant victime. «C’est la première fois que j’entendais parler d’elle», a-t-il expliqué, reconnaissant que cela dissipait un peu plus les doutes qu’il pouvait avoir formulés.

Comme cette femme, de nombreuses victimes se manifestent depuis ces révélations. Mercredi, au lendemain de la diffusion du document, le procureur général de Pennsylvanie indiquait que plus de 150 appels et e-mails avaient été reçus sur la ligne téléphonique spéciale mise en place après la publication du rapport. D’après le média local The Inquirer , en fin de semaine, ce chiffre avait doublé. Samedi, le procureur a précisé que le nombre d’appels était «en hausse».

Sur cette «hotline», des agents formés sont chargés de répondre aux questions et témoignages de victimes. «Nos agents entreront en contact et échangeront avec chaque personne qui appelle, entendront les faits, et enquêteront quand cela se justifie», a précisé un porte-parole du procureur général, vendredi.

Plusieurs lettres ouvertes aux catholiques

L'évêque du diocèse de Harrisburg, en Pennsylvanie, célèbre la messe, vendredi 17 août.
L’évêque du diocèse de Harrisburg, en Pennsylvanie, célèbre la messe, vendredi 17 août. Matt Rourke/AP

Dans ce contexte, plusieurs responsables religieux américains ont choisi de s’adresser publiquement aux catholiques et à appeler à une réaction adéquate. «Je sais que beaucoup d’entre vous se demandent comment tout ceci peut-il de nouveau arriver?», a écrit le cardinal Blase Cupich, archevêque de Chicago. Dans une lettre ouverte, il évoque «la colère, le choc, la douleur» ou encore «le dégoût, l’outrage» que ces révélations suscitent. «Que font-ils, et pourquoi devrait-on leur faire confiance cette fois pour faire ce qu’il faut? Ce sont précisément les questions qui doivent être posées», reconnaît le cardinal. Il souligne notamment la nécessité de mettre à jour la charte signée en 2002, à la suite de révélations d’abus sexuels dans la presse, afin de «clarifier la façon dont les victimes peuvent dénoncer des abus de mineurs ou d’autres mauvais comportements des évêques».

Le ton est similaire chez Charles Chaput, archevêque de Philadelphie. «Les seules réponses acceptables sont la tristesse et le soutien pour les victimes ainsi que des efforts concrets pour s’assurer que de tels faits ne se reproduisent jamais», écrit-il dans une lettre publique.

D’autres évêques d’États américains se sont également adressés aux catholiques et ont apporté leur soutien aux victimes. La radio NPR précise que le diocèse de Pittsburgh a demandé à tous ses prêtres de lire, lors des offices de fin de semaine, une lettre de l’évêque du diocèse mentionnant le rapport. Il y invite notamment à soutenir les victimes et cite les mesures prises contre de nouveaux abus.

La responsabilité des évêques en question

Le président de la conférence des évêques catholiques des États-Unis a par ailleurs annoncé, jeudi, qu’il allait demander au Vatican de conduire une enquête sur le cas de Theodore McCarrick, précise CNN. La chaîne télévisée relève également que des personnalités du monde religieux ont fait circuler, vendredi, une pétition invitant les évêques des États-Unis à «sérieusement considérer de soumettre leur démission collective au pape François comme acte public de repentance et de lamentation devant Dieu et son peuple».

L’incidence de ce rapport est d’autant plus forte qu’il intervient alors que d’autres scandales ont émergé en Australie ainsi qu’au Chili, où l’un des plus hauts représentants de l’Église doit être entendu mardi pour avoir couvert des faits d’abus sexuel. Pour Paula Kane, professeur d’études catholiques à l’université de Pittsburgh citée par CNN, ce nouveau scandale met à mal «la confiance entre la hiérarchie de l’Église et la population des bancs d’église». Plusieurs représentants religieux, ainsi que des universitaires, soulignent malgré tout les effets positifs des mesures prises depuis 2002 et la diminution du nombre de cas d’abus sexuels depuis. Les mesures prévues par la charte ne concernent cependant pas les évêques, rappelle à l’AFP Leon Podles, auteur du livre Sacrilege sur les abus sexuels au sein de l’Église catholique américaine, ce qui pourrait expliquer une partie des réactions de ces derniers jours.

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Cet article a été publié à l’origine sur Le Figaro .